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La qualité de l’air dans nos maisons

Lorsque l’on parle de qualité de l’air, on pense immédiatement aux pics de pollution, à la circulation alternée dans les villes, au chauffage au bois fortement polluant car libérateur de particule fines…Mais songeons-nous aussi à ce qui se passe à l’intérieur, entre les murs ?

Il faut bien réaliser que dans notre société, toujours plus sédentarisée, nous passons près de 80% de notre temps en espace confiné, que ce soit à la maison, au bureau, à l’école, etc. Le confinement a pour conséquence des concentrations élevées de gaz, bien supérieures à ce que l’on peut trouver en extérieur.

Cette prise de conscience a débouché en France à la création en 2001 de l’Observatoire de la Qualité de l’Air Intérieur, qui a pour but « de mieux connaître la pollution intérieure, ses origines et ses dangers ».

Quels sont les produits nocifs que nous utilisons régulièrement, pour quels effets ?

Depuis l’avènement du monde dit moderne, nous sommes abreuvés de produits, d’objets, facilitant grandement notre quotidien et le rendant plus agréable : meubles à bas prix à partir de matériaux nouveaux, produits de nettoyage puissants, bombes aérosols diverses, encaustiques…Insidieusement, nous respirons un cocktail explosif de substances nocives. Un chiffre : l’ensemble des maladies allergiques (asthme, rhinite, conjonctivite, allergie alimentaire, etc.) concerne 25 à 30 % de la population dans les pays industrialisés (données INSERM).

Voici une liste des principaux polluants intérieurs, et de leurs effets sur la santé (liste tirée du site internet de l’OAQI) : 

  • Fumée du tabac, amiante, radon, benzène -> cancers ;
  • Monoxyde de carbone (CO) en provenance d’appareils à combustion défectueux -> intoxications ;
  • Particules fines et oxydes d’azote en provenance de ces mêmes appareils -> troubles respiratoires ;
  • Composés organiques volatils (COV) et aldéhydes -> irritations des yeux et des voies respiratoires ; le benzène et le formaldéhyde notamment sont des « cancérogènes certains » ;
  • Pesticides, phtalates, polybromodiphényléthers, polychlorobiphényles, etc. -> effets neurotoxiques, ou sur la reproduction ;
  • Allergènes domestiques (acariens, chats, chiens) -> réactions allergiques ;
  • Moisissures -> asthme, syndromes respiratoires, irritations respiratoires
  • Rajoutons aussi le CO2 dont les fortes concentrations ont des effets négatifs reconnus sur l’attention et le sommeil ;
  • Enfin, parlons d’un mal auquel un nom a été mis récemment : le SBS (Sick Building Syndrome, ou syndrome des bâtiments malsains en français) qui se caractérise par des céphalées, des asthénies, de l’irritation cutanée ou des muqueuses nasales, oculaire et des voies aériennes supérieures, survenant chez des occupants de bâtiments non industriels. Il résulte de l’occurrence simultanée de plusieurs facteurs (COV, biocontaminants, absence de luminosité, ventilation défectueuse…). Ce syndrome concerne 30% des bâtiments des pays industrialisés.

Quelques sources (pour une liste complète, se reporter au lien au bas de cet article) :

  • Formaldéhydes: Photochimie atmosphérique, panneaux de particules, de fibres, en bois agglomérés, émissions des livres et magazines neufs, peintures à phase « solvant », fumée de tabac, photocopieurs ;
  • Benzène : Carburants, tabagisme, produits de bricolage, ameublement, produits de construction et de décoration ;
  • Particules fines: Pollution extérieure (dont effluents diesel), fumée de tabac, cuisine, ménage, combustion ;
  • Monoxyde de carbone (CO) : Appareils de chauffage et de production d’eau chaude, tabagisme, véhicules à moteur ;

Que pouvons-nous faire pour améliorer notre air ?

Entre 2009 et 2009, le ministère du développement durable a mené une campagne de caractérisation des écoles et crêches. Les résultats : 89% des établissements présentaient une concentration acceptable en formaldéhyde, 43% pour le benzène, 72% pour le confinement. Bien, mais peut mieux faire !

Comment améliorer la situation ?

  • Choix des produits d’intérieur: depuis le 1er janvier 2012, les produits de décoration et de construction (peintures, moquettes, parquets…) doivent indiquer le niveau d’émission en produits volatils. A nous de bien choisir !
  • Ventilation: les systèmes de ventilation, notamment dans les bâtiments neufs à l’isolation accrue, doivent être efficaces. L’ADEME recommande l’installation par un professionnel certifié RGE. Pour les anciennes constructions, n’oubliez pas d’aérer régulièrement ! Il faut néanmoins trouver souvent un compromis entre l’apport supplémentaire de particules fines venant de l’extérieur dû à l’ouverture des fenêtres, et la ventilation de l’air intérieur. D’où l’émergence sur le marché de nombreuses stations de mesures de la qualité de l’air intérieur, permettant à l’usager d’optimiser l’aération de son intérieur.
  • Une règle de conduite simple: ne pas fumer à l’intérieur, surtout en présence d’enfants. C’est la porte ouverte à une intoxication massive par plus de 4000 composés chimiques toxiques, dont certains sont cancérigènes (benzène, monoxyde de carbone, arsenic, ammoniac, etc).

 

Franck Lascaux, docteur en physique de l’atmosphère


Références :