Conférences
Créer du lien, un 1er pas vers une résolution pacifique des conflits

 

Nous avons accueilli le 25 mars 2017, Nathalie Ballade, Formatrice à l’université de Paix (Namur) et Coordinatrice du Brevet en gestion positive des conflits (5-17 ans) et du projet d’Education à la relation


Voici un résumé de son intervention, qui part d’un constat important:

Les conflits avec les personnes qui nous entourent font émerger des émotions désagréables et sont souvent à l’origine d’une très grande fatigue.

Vous vous mettez en colère en moyenne 2 fois sur une journée de travail.

Parfois la colère cache l’anxiété et votre fatigue n’est pas liée à ce que vous faites mais à ce que vous ne dites pas.

Nos conflits interpersonnels ne sont pas seulement liés aux personnalités en elles-mêmes ou à une « incompatibilité de caractères » ; ils peuvent trouver leur origine à d’autres niveaux de type groupal, organisationnel ou en encore institutionnel…

Créer du lien c’est quoi ?

C’est chercher les points communs plutôt que les différences ; notons par exemple que deux personnes en conflit ont au moins en commun qu’elles sont des êtres humains préoccupés par le même objet de conflit, c’est-à-dire, ce sur quoi elles se sont pas d’accord ( par ex: répartition des tâches et responsabilités au sein d’une structure, ou la couleur choisie pour repeindre un bureau commun…etc). Une manière d’amorcer une conversation sereine avec son interlocuteur est par exemple de chercher ce sur quoi nous ne sommes pas d’accord…

Jacques Ardoino, professeur d’université en science de l’éducation, a créé un outil permettant de distinguer les différents niveaux d’interprétations possibles pour un conflit. Cette classification permet d’ouvrir le champ d’action sur lequel nous pouvons agir afin de rechercher une solution adaptée et durable à la résolution de ce conflit.

Ce schéma permet de voir, en prenant de la hauteur sur le problème, comment prévenir un maximum les situations conflictuelles.

  • 1er niveau, l’intrapersonnel (caractère, personnalité, histoire personnelle, motivation, désirs, compétences, …) : repérer ses forces et ses faiblesses, ses conflits intérieurs (entre plusieurs envies difficilement conciliables).

–> requiert un travail personnel dans le cadre d’une formation, pour répondre à des besoins spécifiques et personnels, d’un coaching personnalisé ou d’une thérapie.

  • 2ème niveau, le relationnel ou interpersonnel : relations entre les personnes et code de communication établi entre elles.

–> requiert de travailler sur le lien entre les personnes, démarche formative axée sur la communication, la gestion des émotions et de l’agressivité, ou encore la gestion du temps.

  • 3ème niveau, le groupal : comment il se structure, la dynamique de fonctionnement, les interactions au sein du groupe, l’ambiance, la maîtrise de la communication. On parle alors des rôles, des fonctions, de la gestion et de la répartition du pouvoir.

–> requiert la gestion de la dynamique collective du groupe concerné : amener les personnes à se rencontrer pour mieux se connaitre et faire tomber des préjugés  et projet collaboratif entre les différentes équipes,

–> démarche formative sur la communication…

  • 4ème niveau, l’organisationnel : tout ce qui est mis en place pour atteindre certains objectifs et accomplir certaines tâches à l’intérieur de la structure. L’individu s’estompe au bénéfice de son rôle fonctionnel. Ce niveau renvoie également à tout ce qui touche à l’infrastructure temporelle, spatiale et matérielle.

–> requiert l’analyse même de l’organisation, et amélioration de l’infrastructure :

  1. Organiser des moments clés pour favoriser le sentiment d’appartenance où les personnes peuvent vivre du plaisir à être ensemble
  2. Prévoir des lieux et des moments pour parler du vivre ensemble à tous niveaux
  3. Il importe d’autoriser les personnes à parler de ce qu’elles vivent
  4. C’est la cohésion et la communication au sein d’un groupe qui va protéger des risques de discriminations, d’exclusion ou de violences verbales ou physiques.
  • 5ème niveau : l’institutionnel : valeurs, contexte social, économique, politique et écologique français.

–> requiert l’action politique, en faisant pression au niveau institutionnel pour modifier les législations.

On a moins de pouvoir direct, mais c’est l’action collective qui peut faire bouger les choses.

On voit bien que le lien peut se travailler à différents niveaux, et si  je suis conscient du phénomène, à titre personnel, je peux décider d’aller à la rencontre de personnes avec lesquelles j’ai a priori moins d’affinités, et ça me demandera un effort.

Je peux également faire remonter l’information et changer les normes implicites pour amener du changement au niveau organisationnel.

En conclusion :

Je peux faire quelque chose à mon échelle.