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Médecine et Prévention 2.0 : Pas d’écran avant 3 ans ?
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Nous sommes 3 orthophonistes, Elsa Job-Pigeard, Carole Vanhoutte et moi-même Florence Lerouge, formées par Cogi’act, et nous avons eu envie, il y a quelques années  de sortir de nos cabinets pour prévenir de l’importance du « jeu libre » dans la construction de la pensée de l’enfant, de son langage et de son entrée dans les apprentissages.

Fin 2012,  nous nous questionnions à propos de nos patients, de plus en plus nombreux et de plus en plus jeunes. Les  prises en charge étaient de plus en plus globales, demandant de travailler les premiers raisonnements, ceux du tout petit, même pour des patients déjà adolescents.

Accompagnées dans notre réflexion notamment par Lydie Morel ( Cogi’Act) nous avons pris, comme le dit Carole Vanhoutte « notre bâton de pèlerin».  Nous avons commencé à parler via notre page Facebook, puis notre ancien site, dans des articles, des émissions de radio ou de télé, du rôle essentiel du jeu dans le développement de l’enfant, et de la place centrale de l’adulte auprès de l’enfant qui grandit, et des conséquences sur ses apprentissages quand cela ne se produit pas. Nous avons fait l’hypothèse du lien entre le manque de jeu libre du tout petit et de l’augmentation exponentielle des demandes en orthophonie pour des retards de plus en plus massifs.

Notre réflexion et les différentes études parues ces dernières années  nous ont amenées aussi à questionner à nouveau les causes des retards importants observés chez nos patients en mettant en perspective l’utilisation croissante des écrans voire la surexposition de plus en plus généralisée, aussi bien chez l’enfant, l’adolescent que l’adulte/parent. Le constat a été sans appel, et à chaque fois que le temps d’exposition diminuait les progrès du patient étaient évidents (hors pathologie bien sûr) et il reprenait le chemin de l’évolution positive.

Le carnet de santé réédité en avril 2018, par le Ministère de la santé, va dans le sens de la prévention autour de la surexposition aux écrans, et il préconise « zéro écran avant 3 ans ». Pour se développer harmonieusement un enfant a besoin des adultes pour vivre des moments d’échanges, de vraies « interactions » auquel un objet virtuel ne pourra pas se substituer. L’enfant va, à travers le regard des adultes et des autres humains, s’installer dans la posture « d’être de communication », avant de découvrir le monde, de l’explorer et de chercher à le comprendre en touchant, goûtant et transformant les objets autour de lui. L’enfant est un explorateur (Jean Epstein), il veut comprendre le monde et sa curiosité, dès la naissance, est sans limite.

Un autre facteur, désormais, nous apparaît également, de plus en plus, celui des jeux vendus pour  des enfants dès 6 mois et appelés « interactifs ». Les promesses  d’apprentissages sont mensongères et ils laissent entendre aussi que l’enfant apprendra seul en communiquant avec sa peluche connectée, loin d’un adulte, un humain. Il ne s’agit pas de vivre hors du temps et de refuser la modernité, mais de se demander quels sont les besoins de l’enfant dès sa naissance puis d’ajuster l’utilisation de tous ces appareils qui doivent rester ce qu’ils sont c’est-à-dire des outils, et non pas des « parents-électroniques »qui remplaceraient l’humain.

Aussi, il ne s’agit pas seulement pour nous de décrypter ce qui peut manquer aujourd’hui aux enfants pendant leur enfance mais aussi de proposer des idées de jeux libres, afin de remettre le jeu au centre de la vie des petits. C’est la raison pour laquelle nous avons publié chez Fleurus/Mango un coffret « Ma pause sans écran » qui propose de revisiter des idées de jeux, en mettant en perspective ce que cela apporte à l’enfant, au niveau de son développement global, mais aussi ce qu’il ressent, voit, et apprend, en jouant notamment avec les adultes, et qui le prépare aux futurs apprentissages pré-scolaires et scolaires.

Rejointes par Gregory Bynen( devenu Président de jouepenseparle) et par Laurence Besset (notre Trésorière), des amis orthophonistes de longue date, courant 2018 jouepenseparle est devenu une association. Nous avons crée l’association jouepenseparle afin de fédérer autour de la préoccupation  du développement harmonieux de nos enfants et de relayer toutes les actions, de se faire l’écho de tous les acteurs professionnels ou non, animés par l’envie d’agir et de proposer un autre regard et des initiatives concrètes.

La technologie est là, présente, mais elle ne peut pas remplacer l’humain, essentiel à la construction des enfants. Tous ensemble, nous pouvons réfléchir, prendre conscience des besoins des enfants qui ne devraient pas rentrer dans le champ de la pathologie alors qu’ils sont venus au monde sans pathologie, notamment du langage. 

 


Florence Lerouge (Orthophoniste Lyon)

( co-fondatrice et membre de jouepenseparle)