Conférences
Les blocages sur le chemin du deuil
Je partage avec :

 

Lydia Müller, psychologue-psychothérapeute et présidente de l’Association Entrelacs, nous as fait le plaisir de sa venue le 15 novembre 2019 pour nous donner des pistes de réflexions afin de passer le chemin du deuil plus sereinement.

Un des obstacles dans les deuils est l’attachement à sa souffrance par peur d’oublier la personne décédée. Un autre obstacle, au contraire, est la peur de se noyer dans la souffrance et de ne plus s’en sortir. Nous explorerons les différents blocages possibles faisant obstacle sur le chemin du deuil et empêchant l’acceptation, mais aussi les aides pour les dépasser.

Lydia Müller a commencé en 1983  à Genève en pratique privé comme psychologue et psychothérapeute avec des malades atteints du cancer et du sida. Cela l’a amenée peu à peu à l’accompagnement de la fin de vie et du deuil. Depuis 1998 elle est présidente et formatrice à l’Association Entrelacs à Genève qui se consacre à accompagner bénévolement des personnes malades, âgées, en fin de vie ou en deuil.

Son adage est : transformer le pire en meilleur !

Toutes les personnes présentes sont reparties avec le sourire sincère de cette soirée très enrichissante.
Merci à Lydia pour son éclairage.

 

On entend parfois dire à une personne en deuil « il faut juste laisser passer le temps »… Parfois c’est vrai et parfois c’est faux. Selon la force de notre attachement et investissement dans la relation, ça ne sera pas la même chose.

Par ailleurs, il arrive d’être coincé dans certaines étapes du deuil et alors il est important d’identifier où on est coincé afin de débloquer et de pouvoir continuer à cheminer jusqu’à l’acceptation.

Question : Comment transformer ce qui est le pire dans une situation, et comment en sortir grandi ?

Le deuil est un processus qui nous amène à évoluer

Si nous restons bloqués nous sommes en stagnation. Le deuil nécessite un travail psychique et une traversée des émotions. Le fait de refuser ou réprimer ses émotions devient généralement un blocage.

Perdre est difficile si on est très attaché. Donc quand on perd une personne très aimée, un animal cher, une bonne situation, on a mal nécessairement du fait de l’attachement. Et pourtant l’attachement est nécessaire dans la vie.

Rôles de l’attachement :

  • Il comble nos manques : dans un couple, on cherche à se compléter, à se nourrir dans la relation
  • Il répare nos anciennes blessures de séparation. Exemple objet transitionnel : l’enfant s’attache à un objet (doudou, nounours…) comme substitut de la maman. Certains attachements ultérieurs peuvent chercher à combler des pertes relationnelles de l’enfance.

Les pertes réveillent ces blessures du passé. Dans les cas de deuils inconsolables on trouve en général des deuils précoces, quoique souvent inconscients.

Le deuil désigne le travail psychique à fournir pour surmonter ces blessures et retrouver un état de paix intérieure. Le deuil peut être vu comme un processus de cicatrisation psychique.

La cicatrice est bien, mais c’est moins bien qu’avant et on préfère quand même l’état d’avant. Donc à la place de l’acceptation, on finit plutôt résigné.

fin de vie

Les étapes du deuil

Le choc : refus de la réalité

  • On est dans un état de sidération : on est dans une bulle, on n’entend plus, ne sent plus rien, on voit la vie continuer, mais on n’en fait plus partie : c’est un état de dissociation, une anesthésie émotionnelle, un état de zombie.
  • Le déni : on réagit comme si ça n’existait pas, « c’est pas possible ! »
  • La dénégation : on sait que c’est vrai, mais refuse la réalité douloureuse

Certains mettent en place des défenses pour ne pas entrer dans le travail du deuil : hyperactivité/sport ou travail à outrance ; consommations addictives (alcool, drogues, boulimie) ; besoin de bruits constants (télé, radio) ; scarifications. Ces comportements de compensation empêchent tout travail de deuil, voire aggravent plutôt l’état de la personne endeuillée.

Aider une personne en état de dissociation en la prenant dans les bras sans paroles, apporter de l’aide pratique, discrète. Attention aux traitements médicamenteux (antidépresseur etc.) qui peuvent encore augmenter la mise à distance émotionnelle et freiner le travail du deuil, même si parfois cela peut s’avérer nécessaire.

Le deuil nécessite la traversée des émotions : accepter l’expression des émotions pour revenir à la vie

  • Le retour salutaire des émotions : c’est l’étape où l’on admet la réalité, on éprouve des émotions. Cela commence souvent par la révolte et la recherche du défunt.
    • Révolte et rage : colère contre les coupables, contre Dieu, contre soi, contre le défunt. Elle est bénéfique car elle nous fait revenir dans le corps, elle mobilise de l’énergie et nous donne l’impression d’être actif.
    • Jalousie : apparition de pensées méchantes contre les personnes qui n’ont rien perdu, mais ces émotions sont normales même si pas facilement avouables.

 

  • Ne pas chercher à raisonner la personne, pas de fausse acceptation « c’est la vie… », aidez à exprimer la colère, valider la colère (oui c’est injuste), encourager l’expression dans un cadre sécurisant (3 règles : ne pas faire de mal à soi, ni à autrui, ni aux choses)

Dans cette phase on observe parfois des défenses comme les émotions « écrans » : l’émotion est détournée : la tristesse est réprimée et s’exprime par de l’irritabilité, par la colère, tandis que dans l’autre cas la colère interdite est déviée en tristesse et apitoiement sur soi.

 

Comment sortir  du blocage de la révolte qui dure?

Par l’acceptation de notre impuissance et de notre imperfection.

 

  • Absence/manque : phase de déstructuration
    • Sentiment d’amputation
    • Sentiment d’abandon
    • Envie de mourir
    • La vie n’a plus de sens

Dans les relations fusionnelles, il y a une sorte de superposition de 2 personnes : l’un est le prolongement de l’autre ou vit à travers l’autre et quand l’un des deux disparait, l’autre a le sentiment d’être amputé d’une partie essentielle.

Comment sortir de la souffrance de l’absence ?

  • Ce qui aide à adoucir la souffrance de l’absence (= c’est fini pour toujours) c’est de remercier de ce que l’autre nous a apporté. Transformer le manque en prise de conscience de ce qu’on a reçu pour pouvoir le redonner plus tard à d’autres.
  • « La gratitude est gardienne aux portes de l’âme contre les forces de destruction », Gabriel Marcel.

Le travail du deuil accompli est plus qu’une cicatrisation, c’est une transformation de l’être, une maturation.

 

 

Vous pouvez retrouvez un témoignage qui peut vous parler : “interviewer ses parents”

 


Association Entrelacs

Publications de Lydia Müller

Association Entrelacs, 1992, psychologue-psychothérapeute exerçant auprès des patients atteints de cancer et accompagnant les personnes en fin de vie. L’objectif de l’association est de former les personnes à l’accompagnement des personnes en fin de vie en proposant un travail sur soi pour pouvoir accompagner les personnes en situation difficile.