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Le coktail équilibré de l’humeur
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Dans les cuisines du cerveau se concoctent à chaque instant de subtils mélanges aux saveurs de nos émotions…tout se joue dans le dosage !

 

Le bonheur est considéré comme l’une des 6 émotions universelles[1]. Attention : il ne faut pas confondre l’émotion avec le sentiment, qui se définit plutôt comme l’expérience mentale issue de la prise de conscience et de l’interprétation de notre réaction face à une situation. Les émotions correspondent à un état d’activation du corps en réponse à un événement interne ou externe. Cet état est induit par des régions internes du cerveau (le système limbique) très rapidement après l’apparition de la stimulation.

Ce système limbique contrôle les états du corps tels que la température ou la sensation de faim. Il entretient d’étroites relations avec d’autres régions cérébrales impliquées dans les processus d’apprentissage, de raisonnement, de prise de décision ou dans la gestion des réactions de l’organisme (mimiques faciales, accélération cardiaque…). Dans le système limbique, le noyau accumbens (centre de la récompense) contribue à la sensation de plaisir. Il est activé en fonction du niveau de satisfaction des besoins fondamentaux de l’être humain (faim, soif, affection, sécurité).

Ainsi, la production des émotions est régie par des processus biologiques, et plus précisément par une modulation des sécrétions de neurotransmetteurs (substances chimiques qui assurent la transmission de l’information d’un neurone à l’autre). Les neurotransmetteurs du système limbique influant sur l’humeur sont principalement la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline. La dopamine a un effet stimulateur tandis que la sérotonine agit comme antidépresseur.

Certaines substances (médicaments, drogues) imitent les neurotransmetteurs. Elles agissent directement sur le centre du plaisir (noyau accumbens) et entrent en compétition avec les neurotransmetteurs (notamment la dopamine) en bloquant des récepteurs et en modifiant la quantité de neurotransmetteurs qui passe d’un neurone à l’autre. Le résultat est un plaisir fulgurant suivi d’une sensation de manque s’il n’y a pas de nouvelle stimulation. Il s’agit d’un plaisir artificiel, provoqué par la stimulation spécifique du centre du plaisir.

Le bonheur, quant à lui, correspond à un état d’activation lors duquel le noyau accumbens perçoit un équilibre dans les sécrétions de neurotransmetteurs.

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La sécrétion de ces neurotransmetteurs peut être influencée par de nombreux facteurs. Tout d’abord, des facteurs génétiques. Ceux-ci vont avoir une incidence sur la production et les mécanismes de régulation des neurotransmetteurs. Mais l’hygiène de vie joue aussi un rôle important dans la régulation des sécrétions de neurotransmetteurs. La gestion de notre corps et de nos rythmes de vie a des effets sur notre humeur.

Ainsi, une alimentation variée permet d’apporter les éléments nutritifs indispensables à la production et au transport des neurotransmetteurs. Parmi ces éléments, deux acides aminés (tyrosine et tryptophane) sont les précurseurs de la dopamine et de la sérotonine. Des travaux de recherche indiquent également que l’activité physique favorise la synthèse et la libération de sérotonine et d’endorphine dans le système limbique. Il en résulte une sensation de bien-être après l’effort et, à plus long terme, cela contribue à réduire les symptômes de la dépression.

Il est intéressant de noter également que la sérotonine intervient dans la venue du sommeil. Or, des temps de sommeil réguliers sont indispensables pour que l’organisme retrouve un état d’équilibre. Par ailleurs, nos rapports sociaux induisent des stimulations qui influencent le fonctionnement limbique.

Enfin, il existe dans notre environnement toute une gamme de stimulations susceptibles de produire certaines émotions. Des études montrent notamment que les images ou la musique modifient l’humeur et entraînent des modifications du taux de neurotransmetteurs sécrétés. La joie, le bonheur ou la tristesse peuvent être provoqués par ces stimulations externes. Bien entendu, d’une culture à l’autre, un même stimulus n’engendre pas la même émotion. Il existe néanmoins des réactions universelles et on remarque une certaine homogénéité des comportements au sein d’une même culture.

Chloé Duboc, Neuropsychologue


Damasio, A.(1999). Le sentiment même de soi.  Paris: Odile Jacob

Damasio, A. (2003). Spinoza avait raison.  Paris: Odile Jacob

[1] Bonheur, tristesse, peur, colère, surprise dégoût (Damasio, 1999)