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Méthode d’enseignement Montessori : Interview d’Elisabeth Chastel

Elisabeth Chastel a commencé en tant qu’enseignante à l’école Montessori et est actuellement directrice pédagogique à l’Institut de Formation Maria Montessori (formation d’éducateurs) à Genève.

1/ Tout d’abord, petit historique

Pédagogie créée par Maria Montessori, première femme médecin en Italie.

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En début de carrière, elle a été chargée de s’occuper d’enfants dits “retardés mentaux” dans la banlieue de Rome. On pensait que ces enfants avaient besoin de médicaments mais elle s’est rendu compte que c’était, en fait, un problème de pédagogie d’apprentissage. Elle a donc enlevé les médicaments donnés pour mettre au point un système d’apprentissage (3-6ans) basée sur les 5 sens en les regardant travailler. Ils ont réussi les examens, au même titre que les enfants dits”normaux”. Elle a donc ensuite travaillé sur une pédagogie pour les enfants “normaux” en s’inspirant des travaux réalisés par 2 médecins français, Jean Itard et Edouard Seguin,  pour apprendre avec du matériel (cf film de François Truffaut “L’enfant sauvage”). Elle a donc commencé à enseigner à des enfants qui n’allaient pas à l’école, et en 3 mois les enfants avaient fait d’énormes progrès. Graham Bell, qui entend parler de ce succès, monte la première école Montessori aux Etats- Unis. Elle s’y entoure d’une équipe pour observer les enfants afin d’adapter la pédagogie au développement de l’enfant.

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2/ Quels sont les principes généraux de cette pédagogie ?

Cette méthode a pour force de s’adapter au développement de l’enfant et ce n’est pas à l’enfant de s’adapter à la pédagogie. L’apprentissage se fait de manière concrète via du matériel adapté et non abstraite. Il n’y a donc aucun livre d’école.

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L’enfant a droit à l’erreur et n’est pas jugé. Il participe à l’organisation de la classe (responsabilité, fierté).

L’enseignant n’est pas au-dessus mais à côté de l’enfant pour s’adapter à son évolution et répondre à ses besoins en lui proposant différent type de matériel adapté à chaque moment de son développement, au contraire de l’enseignement traditionnel qui est pour donner des connaissances orales.

Pour exemple : l’enfant apprend les mathématiques jusqu’à 6 ans avec des perles qu’il peut manipuler, toucher et regarder (10 perles dans sa main font une dizaine, 10 dizaines  font 100, puis 10 centaines font un cube de 1000). Par cette astuce, les enfants de 5 ans arrivent à faire de grands calculs. A 7 ans, le matériel devient plus gros et ils commencent à chercher par eux-mêmes.

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La méthode est individuelle de 3 à 5 ans, puis à partir de 6 ans en petit groupe. De part l’esprit de groupe, il y a l’apprentissage du vécu de la différence et de la tolérance (accepter l’autre et donc soi-même).

3/ Pour quels enfants ?

Cette méthode est adaptée à tous les enfants :

– Avant 6 ans, on travaille avec les 5 sens pour les développer,

– Entre 6 et 12 ans, l’enfant apprend en explorant le monde (pose beaucoup de questions),

– Après 12 ans, il veut trouver sa place dans le monde (explore les limites des adultes et du monde dans lequel ils vivent).

En France les enfants peuvent apprendre de cette façon jusqu’à 12 ans, et même 15 ans en Suisse, mais en Amérique et en Europe du nord (pays plus ouverts), ils peuvent aller jusqu’au bac. Ils peuvent ensuite réintégrer des universités sans problème.

Aux Etats-Unis, les Farm School (écoles-fermes) sont entièrement gérées par les ados  (finances, cultures exportées, gestion des conflits) et leur apportent une grande confiance en eux (les adultes les laissent tout gérer).

4/ Quelles sont les limites de cet apprentissage ?

Il y en a 2 :

– Il faut que les parents choisissent et adhèrent à la méthode : comme les enfants apprennent l’autonomie à l’école dès 3/4 ans, il faut qu’à la maison, les parents acceptent de laisser faire l’enfant tout seul : se chausser, s’habiller, se servir à table… Sinon ça ne fonctionne pas.

– On pourrait ne recevoir que des enfants en échec scolaire dans un système classique mais on ne peut pas faire une classe entière avec des enfants en échec scolaire :

  • méthode de groupe qui permet aux 2/3 d’enfants qui vont bien de tirer vers le haut le 1/3 d’enfants qui sont en échec, sinon ça ne fonctionne pas.
  • les enfants en échec avant d’intégrer l’école Montessori, ont parfois quelques difficultés à revenir à un système d’enseignement classique.

5/ De quelle manière ça répond aux besoins de l’enfant ?

Il faut considérer l’être humain dans sa globalité : l’enfant dans tout ce qu’il est.

Il ne faut pas seulement développer la partie intellectuelle de l’enfant mais aussi l’aspect physique, moral, affectif. Tout est pris en compte.

Il faut répondre à ses besoins :

  • en-dessus de 6 ans, il veut apprendre à faire seul, pour cela, il va passer par l’imitation,
  • entre 6 et 12 ans , il veut comprendre le monde, il va poser de nombreuses questions sur le fonctionnement du monde,
  • au-dessus de 12 ans, il veut apprendre à “être” dans le monde et particulièrement la société dans laquelle il évolue.

On leur donne des responsabilités tôt et les adultes leur font confiance,  ils font donc attention au matériel (ils l’entretiennent). Implicitement l’enfant sait qu’il a de la valeur, prend conscience de sa valeur, prend ainsi confiance en lui, et peut apprendre. S’il n’a pas confiance en lui, il ne peut pas apprendre

Dans le système classique, les enfants ne sont parfois pas développés sur tous les plans…

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6/ Est-ce qu’il y a beaucoup d’écoles ?

Oui, en Suisse romande, environ 3 nouvelles écoles chaque année voient le jour.

En France, il y a beaucoup de demandes aussi mais les écoles n’ont aucunes subventions, donc c’est uniquement le financement des parents qui permet le fonctionnement.

Les éducateurs sont extrêmement motivés car ils ont le plaisir d’enseigner. L’enseignement est un don de soi. Quand les enseignants sont épanouis et heureux, les enfants le sont aussi. Et vice-versa ! Lorsque l’enseignant ne veut plus aller en classe, c’est le moment d’arrêter… car il travaille sur du matériel humain en construction. S’il n’a plus la flamme, il faut changer de métier…


Propos recueillis par Rébecca LEROUX